En mai 2025, aux Championnats du monde de Doha, Wang Chuqin se fait sanctionner pour un service jugé illégal. Le Chinois demande un challenge vidéo. L'écran affiche un angle de lancer mesuré à 24,67 degrés — sous le seuil autorisé de 30. Service légal. En quelques secondes, la technologie a tranché un débat que les arbitres peinent à résoudre depuis des décennies. Voici ce que disent les règles, et comment le système de challenge les fait appliquer.
Ce que dit la règle 2.06 de l'ITTF
Le service est le geste le plus réglementé du tennis de table. La règle 2.06 du règlement de l'ITTF encadre chaque phase du mouvement. Les exigences sont précises :
- Paume ouverte et main immobile. La balle doit reposer sur la paume de la main libre, ouverte et à plat, sans être tenue par les doigts. La main reste immobile au moment du lancer.
- Lancer quasi vertical d'au moins 16 cm. La balle doit être projetée "quasi verticalement vers le haut" (near vertically upwards), sans effet, et s'élever d'au moins 16 centimètres après avoir quitté la paume.
- Frappe en phase descendante. Le serveur doit frapper la balle alors qu'elle redescend, jamais pendant la phase montante.
- Balle visible en permanence. Du début du service jusqu'à la frappe, la balle ne doit être cachée ni par le corps du serveur, ni par ses vêtements, ni par quoi que ce soit qu'il porte.
- Position derrière la ligne de fond. La balle doit se trouver au-dessus du plan de jeu et derrière la ligne de fond du serveur au moment du lancer.
Ces règles, renforcées par la réforme de 2002 qui a interdit les services cachés, visent un objectif simple : que le receveur puisse voir la balle et identifier l'effet imprimé dès la frappe.
L'angle des 30 degrés, une frontière invisible
L'expression "quasi verticalement" (near vertically) est volontairement imprécise dans le texte officiel. En pratique, l'ITTF a fixé un seuil technique lors du déploiement du système de vidéo-arbitrage : l'angle du lancer ne doit pas dépasser 30 degrés par rapport à la verticale. Ce cône de tolérance s'applique dans toutes les directions — vers l'avant, l'arrière ou le côté.
Pourquoi cette marge ? Parce qu'un lancer parfaitement vertical est un idéal biomécanique, pas une réalité. Le geste humain produit naturellement de légères déviations. La tolérance de 30 degrés reconnaît cette contrainte tout en empêchant les lancers obliques délibérés, qui permettent au serveur de masquer la balle ou de créer un angle de frappe avantageux.
Le problème, jusqu'à récemment, résidait dans l'application. Un arbitre positionné sur le côté de la table doit évaluer simultanément la hauteur du lancer, son angle, la visibilité de la balle et la position de la main — le tout en une fraction de seconde. Les études menées par l'ITTF lors des premiers essais du système TTR ont révélé un taux de précision des arbitres humains compris entre 76 et 82 % selon les tournois. Un service sur cinq, en d'autres termes, pouvait être mal jugé.
| Critère | Exigence légale |
|---|---|
| Hauteur du lancer | Minimum 16 cm après la paume |
| Angle du lancer | Maximum 30° par rapport à la verticale |
| Visibilité de la balle | Visible pour le receveur en permanence |
| Position du lancer | Au-dessus du plan de jeu, derrière la ligne de fond |
| Effet au lancer | Aucun (pas de rotation imprimée par la main) |
| Phase de frappe | Balle en phase descendante uniquement |
Le système TTR : quand la technologie tranche
Le Table Tennis Review (TTR) est le système de vidéo-arbitrage développé par l'ITTF, comparable au Hawk-Eye utilisé en tennis. Son déploiement s'est fait par étapes : adoption de la technologie Hawk-Eye en 2019, premier essai grandeur nature à la Coupe du monde mixte de Chengdu en décembre 2024, puis intégration régulière aux compétitions majeures à partir de 2025 — notamment la Coupe du monde de Macao et les Championnats du monde de Doha.
Le fonctionnement est le suivant :
- Deux challenges par joueur et par match. Chaque pongiste dispose de deux demandes de révision vidéo pour l'ensemble de la rencontre.
- Analyse multi-caméras. Des officiers TTR examinent les images sous plusieurs angles et à différentes vitesses de ralenti. Le système mesure avec précision la hauteur et l'angle du lancer.
- Décision avant la reprise du jeu. Le résultat s'affiche sur les écrans du terrain. Le jeu ne reprend qu'après le verdict.
Les éléments pouvant faire l'objet d'un challenge incluent : la hauteur du lancer (16 cm minimum), l'angle du lancer (30 degrés maximum), la visibilité de la balle, le contact filet au service (let), et les balles de bord contestées.
Point important : si le challenge est réussi, le joueur conserve ses deux révisions. Si le résultat est inconcluant, il conserve également son challenge. Seul un challenge clairement infirmé par la vidéo est décompté. Ce mécanisme encourage les joueurs à utiliser leurs droits sans crainte excessive.
Le tennis de table est devenu le premier sport olympique à utiliser la vidéo spécifiquement pour contrôler la légalité des services — et pas seulement pour des décisions de ligne ou de filet.
Évolution 2026 : à compter du WTT Singapore Smash 2026, une modification importante a été apportée au règlement. Le challenge TTR sur un service ne peut désormais être demandé qu'après une décision de l'arbitre. Auparavant, un joueur pouvait contester proactivement un service que l'arbitre n'avait pas sanctionné. Ce resserrement vise à fluidifier le jeu tout en préservant le droit de recours. Le système est actuellement déployé à la Coupe du monde ITTF de Macao 2026 (30 mars – 5 avril).
Cas célèbres : de Ding Ning à Wang Chuqin
L'histoire du ping-pong professionnel est jalonnée de controverses liées au service. Trois épisodes illustrent l'évolution du problème et de ses solutions.
Ding Ning, finale olympique 2012
Aux Jeux de Londres, la Chinoise Ding Ning affronte sa compatriote Li Xiaoxia en finale du simple dames. L'arbitre italienne Paola Bongelli la sanctionne à plusieurs reprises pour son service tomahawk revers, jugeant que le lancer ne respecte pas la hauteur de 16 cm. Ding Ning perd des points sur décision arbitrale. Elle déclarera après le match : "Dès que je levais la main pour servir, elle me sanctionnait." L'ancien président de l'ITTF, Adham Sharara, reconnaîtra que le cas était "limite" et que l'arbitre aurait pu "faire preuve d'un peu plus de souplesse". Sans système de challenge vidéo, la joueuse n'avait aucun recours. Elle prendra sa revanche quatre ans plus tard en remportant l'or olympique à Rio.
Lin Shidong face à Ma Long, WTT China Smash 2024
Lors de la finale du WTT China Smash 2024, Lin Shidong exécute un service "crochet" en lançant la balle vers lui-même et en la masquant derrière son épaule. Ma Long, pourtant habitué aux services les plus créatifs du circuit, peine à lire la rotation. Le débat porte sur la conformité du geste à la règle de visibilité. L'incident relance la discussion sur l'application inégale des règles selon les joueurs et les tournois.
Wang Chuqin, Championnats du monde 2025
L'épisode le plus marquant reste celui des Mondiaux de Doha. Wang Chuqin, numéro 2 mondial, se voit pénalisé au premier tour face à l'Américain Nandan Naresh pour un angle de lancer jugé excessif. Il active le système TTR. L'analyse vidéo mesure un angle de 24,67 degrés — nettement sous la limite de 30. L'écran affiche "Service is legal". L'arbitre international Sun Qilin résumera : "Les humains font des erreurs. C'est pour cela que nous avons besoin des caméras." Cette séquence a contribué à légitimer le système TTR et à clore des années de suspicion autour de la régularité du service de Wang.
Les erreurs les plus fréquentes
Que vous jouiez en compétition départementale ou en loisir, voici les fautes de service les plus courantes et leur correction :
- Lancer la balle vers soi : beaucoup de joueurs projettent la balle en direction de leur corps pour faciliter la frappe → lancez verticalement, en imaginant un fil à plomb partant de votre main.
- Cacher la balle avec le bras libre : le bras qui tient la raquette ou le torse masquent la balle au receveur → après le lancer, dégagez immédiatement la main libre et le bras sur le côté.
- Frapper en phase montante : frapper avant que la balle n'atteigne son point culminant est illégal → attendez que la balle redescende, même légèrement, avant de la frapper.
- Lancer depuis sous la table : la balle doit être visible et au-dessus du plan de jeu dès le début du geste → positionnez votre main ouverte au-dessus de la surface de jeu avant de lancer.
En compétition officielle sous l'égide de la FFTT ou de l'ITTF, un premier manquement entraîne généralement un avertissement. La récidive coûte le point. Dans les tournois équipés du TTR, le receveur peut en outre contester la légalité du service par un challenge vidéo.
FAQ
Quel angle maximum est autorisé pour le lancer de service ?
L'ITTF autorise un angle maximal de 30 degrés par rapport à la verticale. Au-delà, le lancer est considéré comme non conforme à l'exigence de projection "quasi verticale" de la règle 2.06. Ce seuil a été formalisé avec le déploiement du système de vidéo-arbitrage TTR.
Combien de challenges vidéo un joueur peut-il demander par match ?
Chaque joueur dispose de deux challenges par match. Un challenge réussi ou inconcluant est conservé. Seul un challenge clairement infirmé par la vidéo est décompté du quota.
Que se passe-t-il si le résultat du challenge est inconcluant ?
Si les images ne permettent pas de trancher, le joueur conserve son challenge. La décision initiale de l'arbitre est alors maintenue, mais le joueur ne perd pas de révision. Ce fonctionnement est identique à celui du Hawk-Eye en tennis.
Le système TTR est-il disponible en compétition amateur ?
Non. Le système TTR nécessite une infrastructure de caméras et d'officiers de révision qui n'est déployée que lors des compétitions internationales majeures (Championnats du monde, Coupes du monde, événements WTT). En compétition amateur et nationale, l'arbitrage repose sur le jugement de l'arbitre de table, sans recours vidéo.

