Huit clubs de l'élite s'opposent à la Fédération française de tennis de table.
Le tennis de table français traverse une période de tension institutionnelle. Alors que la discipline connaît un essor considérable grâce aux performances des frères Lebrun, huit des dix clubs de Pro A masculine ont exprimé leur opposition à une réforme du championnat voulue par la Fédération française de tennis de table (FFTT). Une contestation qui intervient à un moment charnière pour le ping hexagonal.
Une réforme contestée par la majorité des clubs
Huit clubs de Pro A — Bruille, Caen, Hennebont, Pontoise-Cergy, Angers, Roanne, La Romagne et Thorigné-Fouillard — ont adressé un courrier officiel à la FFTT pour exprimer leur « vive inquiétude et leur profond désaccord » face à la décision de modifier la formule du championnat. Cette mobilisation représente une opposition très largement majoritaire au sein de l'élite masculine française.
La réforme, qui prendrait effet à partir de la saison 2027-2028, prévoit plusieurs changements majeurs : la suppression des matchs retour en phase régulière et l'introduction d'une formule playoffs/playdown. Une évolution structurelle que les clubs contestataires jugent dangereuse pour l'économie de leurs structures.
Les arguments des clubs opposants
Un risque économique majeur : les clubs mettent en avant la baisse de visibilité qu'entraînerait cette réforme. Avec moins de matchs à domicile, les recettes billetterie et l'exposition médiatique seraient directement impactées. « Cela représente un risque majeur pour l'équilibre économique des clubs professionnels en raison de la baisse de visibilité », peut-on lire dans leur communiqué commun.
Un dialogue affaibli : au-delà du fond, c'est la méthode qui est critiquée. Les présidents des clubs déplorent l'adoption d'une réforme à laquelle s'opposait la majorité des acteurs concernés. « Une telle approche affaiblit le dialogue et la confiance », regrettent-ils. Ils affirment avoir proposé des solutions alternatives permettant de protéger le calendrier des joueurs de haut niveau sans réduire le volume de matchs, mais ces propositions n'auraient « pas été retenues ».
La position de la Fédération
Gilles Erb, président de la FFTT, défend fermement cette réforme en invoquant des impératifs de modernisation. « Il y a une incompatibilité de calendriers entre le championnat de Pro A et la montée du WTT [le circuit mondial] », explique-t-il. « Elle pose un problème sur l'intégrité physique des joueurs qui enchaînent les matchs. »
Le président fédéral inscrit cette évolution dans un contexte plus large de transformation du sport : « La société a changé, notre sport aussi, sous tous ses aspects, et ce championnat n'a pas bougé. Il faut changer de paradigme. Et penser développement du tennis de table et ne pas s'arc-bouter sur la seule vision club. Ce championnat n'en finit pas, il faut l'imaginer autrement. »
L'idée de créer une Coupe de France a même été évoquée pour « rendre encore plus attractif » le calendrier national. Gilles Erb assume par ailleurs une position de fermeté : « On confie une organisation à une ville avec une convention d'objectifs. Donc avec des obligations de cette ville en retour. J'ai toujours mené la concertation en essayant de trouver un compromis. Il faut trancher et faire évoluer. »
Des clubs divisés sur la réforme de la Pro A
Tous les clubs ne partagent pas cette opposition. Nîmes-Montpellier, porté notamment par Christophe Legoût et Stéphane Lebrun — oncle et père des stars Alexis et Félix Lebrun — ne s'oppose pas à la réforme. Rouen non plus : le club recevrait pour la deuxième fois consécutive les playoffs, qu'il pourrait ainsi disputer à domicile.
Cette division illustre la complexité des enjeux : entre les clubs qui bénéficient de l'aura des stars internationales et de l'accueil d'événements prestigieux, et ceux dont le modèle économique repose davantage sur la saison régulière traditionnelle.
Contexte : une discipline en plein essor
Cette controverse survient paradoxalement au meilleur moment de l'histoire du tennis de table français. Avec 254 000 licenciés en juin 2025 (un record), deux médailles de bronze olympiques à Paris 2024, le titre européen d'Alexis Lebrun en février 2025 et le sacre européen par équipes, la discipline n'a jamais été aussi visible et populaire.
Le WTT Champions de Montpellier est devenu l'un des tournois les plus suivis du circuit mondial, et la FFTT travaille activement sur les droits TV avec plusieurs diffuseurs. C'est précisément cette montée en puissance qui pose la question de l'adaptation du championnat national aux nouvelles réalités du haut niveau mondial.
Vers un compromis ?
Le bras de fer entre la majorité des clubs de Pro A et la Fédération illustre les tensions classiques entre préservation des modèles existants et adaptation aux évolutions du sport moderne. Si la réforme est maintenue pour 2027-2028, les clubs contestataires disposent encore de temps pour faire entendre leurs arguments et tenter d'infléchir certains aspects du projet.
L'enjeu dépasse le simple cadre sportif : il s'agit de trouver un équilibre entre les ambitions internationales de la FFTT, portées par ses champions planétaires, et la santé économique des clubs professionnels qui constituent le maillage territorial de l'élite française. Un défi de gouvernance qui déterminera en partie l'avenir du ping-pong professionnel dans l'Hexagone.
CE QU'IL FAUT RETENIR
8 clubs sur 10 s'opposent à la réforme (Bruille, Caen, Hennebont, Pontoise-Cergy, Angers, Roanne, La Romagne, Thorigné-Fouillard)
La réforme prévoit : suppression des matchs retour + formule playoffs/playdown
Application prévue : saison 2027-2028
Argument FFTT : incompatibilité avec le circuit mondial WTT
Questions fréquentes
Quels clubs de Pro A s'opposent à la réforme de la FFTT ?
Huit clubs sur dix se sont opposés : Bruille, Caen, Hennebont, Pontoise-Cergy, Angers, Roanne, La Romagne et Thorigné-Fouillard. Seuls Nîmes-Montpellier et Rouen ne se sont pas joints à la contestation.
Quand la réforme du championnat de Pro A entrera-t-elle en vigueur ?
La réforme est prévue pour la saison 2027-2028. Une période de transition est programmée dès 2026-2027, sans descente en Pro A, pour permettre le passage de 10 à 12 équipes.
Pourquoi la FFTT veut-elle réformer le format de la Pro A ?
La Fédération invoque l'incompatibilité croissante entre le calendrier du championnat national et celui du circuit mondial WTT. Elle souhaite également préserver l'intégrité physique des joueurs internationaux qui enchaînent les compétitions.
Quel est le nouveau format prévu pour la Pro A 2027-2028 ?
Le nouveau format prévoit 12 équipes, une phase régulière en aller simple (11 matchs), des playoffs pour les équipes classées 1re à 7e, et des playdowns pour les équipes classées 8e à 11e. Le 12e est directement relégué.

