La loterie Pro A : Roanne décroche le premier pick
Dans notre exercice de projection d'un draft à l'américaine appliqué au tennis de table français, nous avions posé les bases du système. Place maintenant à la simulation complète pour la Pro A : tirage de la loterie, draft en trois rounds (format serpentin) et effectifs reconstitués pour les dix clubs de la saison 2025/2026.
Le principe : tous les joueurs de Pro A sont placés dans un pool commun. Chaque équipe compose son trio titulaire via un draft serpentin — le premier à choisir au round 1 sera le dernier au round 2, et ainsi de suite. L'ordre est déterminé par la loterie pondérée basée sur le classement 2024/2025.
Le tirage de la loterie
Six équipes participent à la loterie. Rappel des probabilités :
| Club | Boules | Probabilité |
|---|---|---|
| Bruille CTT (promu) | 6 | 28,6 % |
| Caen TTC (promu) | 5 | 23,8 % |
| Roanne LNTT | 4 | 19,0 % |
| SS La Romagne | 3 | 14,3 % |
| Rouen SPO | 2 | 9,5 % |
| Thorigné-Fouillard | 1 | 4,8 % |
Résultat du tirage
Premier pick : la boule tirée est celle de Roanne LNTT (19,0 %). L'équipe qui n'a remporté que 3 matchs en 2024/2025 obtient le droit de choisir en premier. Un coup de tonnerre modéré : Roanne n'était pas le favori statistique, mais ses 4 boules lui donnaient une chance réelle.
Deuxième pick : Bruille CTT (28,6 %). Le favori de la loterie atterrit au deuxième choix. Le champion de Pro B, promu en Pro A, aura tout de même accès à un joueur d'exception.
Troisième pick : SS La Romagne (14,3 %). Le club vendéen tire son épingle du jeu avec un peu de réussite.
Les trois équipes restantes reçoivent les picks 4, 5 et 6 en ordre inverse de classement :
| Pick | Club | Mode d'obtention |
|---|---|---|
| 1 | Roanne LNTT | Loterie |
| 2 | Bruille CTT | Loterie |
| 3 | SS La Romagne | Loterie |
| 4 | Caen TTC | Ordre inverse |
| 5 | Rouen SPO | Ordre inverse |
| 6 | Thorigné-Fouillard | Ordre inverse |
| 7 | AS Pontoise-Cergy | 4e des playoffs |
| 8 | Les Loups d'Angers | 3e des playoffs |
| 9 | GV Hennebont | Finaliste |
| 10 | Alliance Nîmes-Montpellier | Champion |
Le draft en trois rounds
Les 55 joueurs de Pro A 2025/2026 sont placés dans un pool commun. Chaque équipe compose son trio titulaire via un draft serpentin. Le choix de chaque équipe se porte logiquement sur le meilleur joueur disponible au classement mondial.
Round 1 : les têtes d'affiche
| Pick | Club | Joueur sélectionné | Classement mondial | Club actuel |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Roanne | Félix Lebrun | n°6 | Nîmes-Montpellier |
| 2 | Bruille | Alexis Lebrun | n°14 | Nîmes-Montpellier |
| 3 | La Romagne | Simon Gauzy | n°18 | Hennebont |
| 4 | Caen | An Jaehyun | n°19 | Bruille |
| 5 | Rouen | Chen Yuanyu | n°21 | Hennebont |
| 6 | Thorigné | Qihao Zhou | n°22 | Hennebont |
| 7 | Pontoise-Cergy | Thibault Poret | n°23 | Rouen |
| 8 | Angers | Flavien Coton | n°25 | Bruille |
| 9 | Hennebont | Wen Rubio | n°27 | Hennebont |
| 10 | Nîmes-Montpellier | Manav Thakkar | n°34 | Nîmes-Montpellier |
Le fait marquant du round 1 : les frères Lebrun sont séparés. Félix part à Roanne, Alexis à Bruille. Nîmes-Montpellier, champion en titre et dernier à choisir, ne conserve que Manav Thakkar (Mondial n°34) — un déclassement brutal pour le club qui domine actuellement la Pro A. Hennebont, finaliste, perd ses trois meilleurs joueurs (Gauzy, Chen Yuanyu, Qihao Zhou) et ne récupère que Wen Rubio.
Round 2 : la profondeur (ordre inversé)
| Pick | Club | Joueur sélectionné | Classement mondial |
|---|---|---|---|
| 11 | Nîmes-Montpellier | Jonghoon Lim | n°36 |
| 12 | Hennebont | Vladimir Sidorenko | n°43 |
| 13 | Angers | Quadri Aruna | n°48 |
| 14 | Pontoise-Cergy | Liam Pitchford | n°52 |
| 15 | Thorigné | Lilian Bardet | n°54 |
| 16 | Rouen | Alvaro Robles | n°68 |
| 17 | Caen | Elias Ranefur | n°73 |
| 18 | La Romagne | Park Gyuhyeon | n°79 |
| 19 | Bruille | Jules Rolland | n°88 |
| 20 | Roanne | Florian Bourrassaud | n°94 |
Round 3 : le troisième homme
| Pick | Club | Joueur sélectionné | Classement mondial |
|---|---|---|---|
| 21 | Roanne | Noshad Alamiyan | n°97 |
| 22 | Bruille | Brian Afanador | n°102 |
| 23 | La Romagne | Izaac Quek Yong | n°134 |
| 24 | Caen | Vincent Picard | n°155 |
| 25 | Rouen | Esteban Dorr | n°158 |
| 26 | Thorigné | Nima Alamian | n°175 |
| 27 | Pontoise-Cergy | Joao Monteiro | n°204 |
| 28 | Angers | Lev Katsman | n°210 |
| 29 | Hennebont | Florent Lambiet | n°238 |
| 30 | Nîmes-Montpellier | Simon Berglund | n°244 |
Les effectifs reconstitués
Voici le trio titulaire de chaque club après le draft, comparé à la réalité 2025/2026 :
| Club | Trio draft (classements mondiaux) | Trio réel 2025/2026 |
|---|---|---|
| Roanne LNTT | F. Lebrun (n°6), Bourrassaud (n°94), Alamiyan (n°97) | Ranefur (n°73), Bourrassaud (n°94), Xu Yingbin |
| Bruille CTT | A. Lebrun (n°14), Rolland (n°88), Afanador (n°102) | An Jaehyun (n°19), Coton (n°25), Park (n°79) |
| La Romagne | Gauzy (n°18), Park (n°79), Quek Yong (n°134) | Chen Tianyuan, Wang Yang, Alamian (n°175) |
| Caen TTC | An Jaehyun (n°19), Ranefur (n°73), Picard (n°155) | Ouaiche, Huang, Kayama |
| Rouen SPO | Chen Yuanyu (n°21), Robles (n°68), Dorr (n°158) | Poret (n°23), Bardet (n°54), Robles (n°68) |
| Thorigné-Fouillard | Qihao Zhou (n°22), Bardet (n°54), Alamian (n°175) | Alamiyan (n°97), Rolland (n°88), Picard (n°155) |
| Pontoise-Cergy | Poret (n°23), Pitchford (n°52), Monteiro (n°204) | Pitchford (n°52), Aruna (n°48), Lim (n°36) |
| Angers | Coton (n°25), Aruna (n°48), Katsman (n°210) | Geraldo (n°71), Akkuzu, Quek Yong (n°134) |
| Hennebont | Wen Rubio (n°27), Sidorenko (n°43), Lambiet (n°238) | Gauzy (n°18), Chen Yuanyu (n°21), Zhou (n°22) |
| Nîmes-Montpellier | Thakkar (n°34), Lim (n°36), Berglund (n°244) | F. Lebrun (n°6), A. Lebrun (n°14), Thakkar (n°34) |
Les enseignements de la simulation
Un rééquilibrage radical
Le draft produit un nivellement spectaculaire. L'écart entre le meilleur trio (Roanne, avec Félix Lebrun) et le plus faible (Nîmes, réduit à Thakkar et Lim) se réduit considérablement par rapport à la réalité, où Hennebont aligne trois joueurs du top 25 mondial tandis que Roanne n'en a aucun.
Les frères Lebrun dispersés
Le scénario le plus frappant de cette simulation : Félix et Alexis Lebrun se retrouvent dans des clubs différents. Félix à Roanne, Alexis à Bruille. En Pro A actuelle, leur présence commune à Nîmes-Montpellier est un avantage décisif pour le club héraultais. Le draft redistribuerait ce capital.
Les gagnants et les perdants
- Grand gagnant : Roanne. De 8e avec 3 victoires, le club ligérien récupère Félix Lebrun. Un scénario comparable au draft 2003 de la NBA, lorsque Cleveland avait obtenu LeBron James.
- Grand perdant : Nîmes-Montpellier. Le champion en titre, dernier à drafter, perd ses deux atouts majeurs et doit se contenter de Thakkar (n°34) comme leader. Le prix de la domination.
- Surprise : Hennebont. Le finaliste, qui a recruté trois joueurs du top 25 en réalité, se retrouve avec un trio nettement moins compétitif. Wen Rubio (n°27) comme leader au lieu de Gauzy (n°18).
Ce que révèle la comparaison avec la réalité
Dans les faits, Hennebont a construit l'effectif le plus puissant de Pro A 2025/2026 : Gauzy (n°18), Chen Yuanyu (n°21) et Qihao Zhou (n°22). Avec un draft, ces trois joueurs auraient été répartis entre La Romagne, Rouen et Thorigné — trois clubs qui, dans le système actuel, n'auraient jamais pu les attirer.
Le modèle européen de transferts libres concentre les talents dans les clubs les plus riches. Le draft, lui, redistribue. Deux philosophies, deux championnats radicalement différents.
Questions fréquentes
Pourquoi un draft serpentin plutôt qu'un draft linéaire ?
Le format serpentin (1→10 au round 1, puis 10→1 au round 2) compense l'avantage du premier pick. Sans ce mécanisme, l'équipe qui choisit en premier au round 1 choisirait aussi en premier au round 2, créant un déséquilibre trop important. La MLTT utilise un format similaire pour équilibrer ses drafts.
Les frères Lebrun accepteraient-ils d'être séparés ?
Dans un vrai système de draft, les joueurs n'ont pas le choix de leur destination — contrairement au modèle de transferts libres actuel. C'est précisément ce qui rend le draft controversé en Europe : il limite la liberté contractuelle des joueurs au profit de l'équilibre compétitif.
Cette simulation est-elle réaliste pour la Pro A française ?
Non, il s'agit d'un exercice de projection fictif. La réforme de la Pro A en cours n'intègre pas de mécanisme de draft. Les obstacles structurels (promotion/relégation, contrats libres, absence de salary cap) rendent une transposition directe du modèle MLTT peu probable à court terme. L'intérêt de l'exercice est d'illustrer l'impact qu'un tel système aurait sur l'équilibre compétitif.

