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Réforme Pro A de Tennis de Table : Quel Impact pour les Clubs ?

L'exemple de Thorigné-Fouillard révèle l'impact de la réforme Pro A sur les clubs : billetterie, sponsors, formation. Analyse détaillée.

AAdmin1 mars 20267 min de lecture
Réforme Pro A de Tennis de Table : Quel Impact pour les Clubs ?

L'exemple de Thorigné-Fouillard, seul club bretillien de l'élite du tennis de table.

Derrière le bras de fer institutionnel entre huit clubs de Pro A et la Fédération française de tennis de table, ce sont des réalités économiques, sportives et humaines qui se jouent. Pour comprendre les enjeux de cette réforme, plongée dans le quotidien d'un club type : le Thorigné-Fouillard Tennis de Table (TFTT), premier et seul club d'Ille-et-Vilaine à avoir atteint l'élite du ping français.

Portrait d'un club de l'élite

Monté en Pro A en 2022 après des années de construction patiente, le TFTT incarne le modèle du club de territoire qui a réussi. Une salle dédiée de 1 250 m² pouvant accueillir 1 000 spectateurs (le complexe de la Vigne), un club-house inauguré en 2021 représentant un investissement de 191 000 €, une politique de formation reconnue avec cinq titres consécutifs aux Interclubs jeunes… Le club a bâti son projet sur le long terme.

Son public, surnommé « le chaudron », fait partie intégrante de l'identité du club. Comme le confiait un joueur à France 3 Bretagne lors de la montée en Pro A : « Il y a peu de clubs en France où c'est comme ça et c'est vraiment un plaisir d'être ici. » Une ambiance qui se construit match après match, à domicile.

L'impact économique : le nerf de la guerre

Moins de matchs à domicile, moins de recettes

Avec la réforme, un club de Pro A passera de 9 matchs à domicile (sur 18 en aller-retour) à 5 ou 6 matchs (sur 11 en phase aller uniquement). C'est près d'un tiers de rencontres à domicile en moins.

Pour un club comme Thorigné-Fouillard, chaque match à domicile génère des recettes directes (billetterie, buvette) et indirectes (visibilité auprès des sponsors locaux, animation du territoire). « Cela représente un risque majeur pour l'équilibre économique des clubs professionnels en raison de la baisse de visibilité », alertent les huit clubs opposants dans leur communiqué commun.

Comparaison du nombre de rencontres

Format actuelNouveau format
Phase régulière18 matchs (aller-retour)11 matchs (aller seul)
Matchs à domicile9 matchs5-6 matchs
Variation-33% à -44%

L'enjeu des partenariats locaux

Les sponsors d'un club de Pro A « de territoire » sont majoritairement des entreprises locales : artisans, PME, commerces de proximité. Leur engagement repose sur la visibilité lors des soirées de matchs et sur l'animation locale que représente le club. Moins d'événements à domicile, c'est potentiellement moins d'attractivité pour ces partenaires.

Les clubs affirment avoir « engagé un travail de fond » sur leur modèle économique, et cette réforme « remet directement en cause ces équilibres ».

L'impact sportif : entre opportunités et risques

La fin des matchs retour

Dans le format actuel, chaque équipe affronte ses adversaires deux fois : une fois à domicile, une fois à l'extérieur. Cette formule, conforme aux règles classiques des championnats par équipes, permet une forme d'équité sportive et offre la possibilité de se « rattraper » après une défaite. Avec la phase aller uniquement, un seul match décidera du sort de chaque confrontation.

Pour un club comme Thorigné-Fouillard, qui s'appuie fortement sur son public pour performer, cette évolution pose question. Lors de la saison 2022-2023, l'équipe avait réalisé « une bonne deuxième partie de saison en battant plusieurs formations du top 5, aidée par le public de son chaudron local ». Sans ces matchs retour à domicile, certaines de ces victoires n'auraient pas eu lieu.

Les playoffs : une chance pour les outsiders ?

Le nouveau format peut aussi représenter une opportunité. Avec des playoffs opposant les équipes classées 2e à 7e, un club qui termine dans le ventre mou du classement peut encore rêver du titre. Le TFTT, actuellement en lutte pour une place en playoffs, pourrait bénéficier de ce système plus ouvert.

Cependant, les playdowns (pour les équipes classées 8e à 11e) ajoutent une pression supplémentaire en fin de saison. La relégation ne sera plus uniquement affaire de classement, mais aussi de performance en matchs couperets.

L'impact sur le projet club et la formation

Le TFTT a bâti sa réussite sur la formation. Des joueurs comme Jules Rolland, formé au club et devenu titulaire en Pro A, incarnent ce projet de long terme. Mais former des jeunes nécessite de leur offrir du temps de jeu en compétition de haut niveau.

Avec moins de matchs en saison régulière, les opportunités de faire jouer les jeunes en développement se réduisent mécaniquement. La question de la multi-appartenance (permettant à un joueur d'évoluer dans plusieurs clubs) sera cruciale pour maintenir cette dynamique de formation, essentielle pour l'avenir du tennis de table en France.

Des alternatives ignorées ?

Les clubs opposants affirment avoir « proposé des solutions alternatives responsables, permettant de protéger le calendrier des joueurs de haut niveau sans réduire le volume de matchs ». Ces propositions n'auraient « pas été retenues » par la Fédération.

Parmi les pistes évoquées : une meilleure coordination du calendrier avec le circuit WTT, des aménagements pour les joueurs internationaux (joker olympique, joker médical), ou encore la création d'une Coupe de France pour compenser la réduction des matchs de championnat. Cette dernière idée a d'ailleurs été reprise par Gilles Erb lui-même dans sa communication.

Une méthode qui fait débat

Au-delà du fond, c'est la forme qui cristallise les tensions. Malgré 29 entretiens avec les clubs et 13 réunions du groupe de travail, les présidents des clubs contestataires estiment que le processus n'a pas permis un véritable dialogue. « Une telle approche affaiblit le dialogue et la confiance », regrettent-ils.

Gilles Erb assume une position de fermeté : « J'ai toujours mené la concertation en essayant de trouver un compromis. Il faut trancher et faire évoluer. » Une vision de la gouvernance qui ne fait pas l'unanimité parmi les acteurs de terrain.

Quel avenir pour les clubs de territoire ?

Pour un club comme Thorigné-Fouillard, la question dépasse le simple cadre sportif. C'est un modèle de développement qui est interrogé : celui du club de territoire, ancré localement, qui a gravi les échelons grâce à un projet patient et structuré.

Face aux géants que sont Nîmes-Montpellier (avec les frères Lebrun) ou Hennebont (quintuple champion de France), ces clubs « intermédiaires » doivent-ils se résigner à un rôle de faire-valoir, ou peuvent-ils encore rêver de bousculer la hiérarchie ?

La réforme de la Pro A apportera une partie de la réponse. Mais quelle qu'elle soit, elle ne pourra ignorer cette réalité : le ping-pong français ne se limite pas à ses stars internationales. Il vit aussi — et peut-être surtout — grâce à ces clubs qui font vibrer leurs salles, forment leurs jeunes et portent les couleurs de leur territoire dans l'élite nationale.

THORIGNÉ-FOUILLARD EN CHIFFRES

  • Fondé en 1976, en Pro A depuis 2022
  • Salle de la Vigne : 1 250 m², 1 000 places
  • Seul club d'Ille-et-Vilaine dans l'élite
  • 5 titres consécutifs aux Interclubs jeunes
  • Parmi les 8 clubs opposés à la réforme

Questions fréquentes

Combien de matchs à domicile un club de Pro A aura-t-il après la réforme ?

Avec le nouveau format, chaque club disputera 5 ou 6 matchs à domicile par saison (sur 11 au total), contre 9 actuellement. Cela représente une baisse de 33 % à 44 % du nombre de rencontres à domicile.

Qu'est-ce que les playdowns en Pro A de tennis de table ?

Les playdowns sont des matchs de maintien opposant les équipes classées 8e à 11e en fin de saison. Le 12e du classement est directement relégué. Ce système, nouveau en Pro A, s'inspire du format déjà en place en Pro B.

Comment la réforme impacte-t-elle la formation des jeunes joueurs ?

Avec moins de matchs en saison régulière, les opportunités de temps de jeu pour les jeunes en développement diminuent. La multi-appartenance (possibilité de jouer dans plusieurs clubs) est envisagée pour compenser cette réduction.

Quelles alternatives à la réforme ont été proposées par les clubs ?

Les clubs ont proposé une meilleure coordination avec le calendrier WTT, des jokers pour les joueurs internationaux (olympique, médical), et la création d'une Coupe de France pour compenser la baisse du nombre de matchs.

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