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Et si le tennis de table français adoptait le draft à l'américaine ?

La MLTT lance sa première loterie de draft pondérée. Nous avons appliqué ce système révolutionnaire aux classements réels de Pro A et Pro B 2024/2025 : voici ce qu'aurait donné une draft à la française, avec redistribution des positions aux clubs promus et relégués.

AAdmin18 mars 202612 min de lecture
Et si le tennis de table français adoptait le draft à l'américaine ?

La MLTT invente le draft pour le tennis de table

Le 7 avril 2026, la Major League Table Tennis (MLTT) organise un événement inédit dans l'histoire du tennis de table mondial : une loterie de draft pondérée. Pour la première fois, une ligue professionnelle de ping-pong emprunte au basketball et au football américain leur mécanisme le plus structurant — celui qui transforme les derniers en potentiels premiers.

Le concept est aussi simple qu'efficace : les six équipes les moins bien classées de la saison régulière se voient attribuer des probabilités de sélection inversement proportionnelles à leurs performances. Plus un club a terminé bas, plus il a de chances de choisir en premier lors de la draft. Un mécanisme anti-dynastie conçu pour garantir le renouvellement compétitif.

Et si la France, pionnière européenne du tennis de table professionnel, adoptait ce modèle ? En appliquant le système MLTT aux classements réels de Pro B et de Pro A 2024/2025, voici ce qu'aurait donné une draft à la française.

Comment fonctionne le draft MLTT

La MLTT compte dix franchises. À l'issue de la saison régulière, les quatre meilleures accèdent aux playoffs. Les six restantes participent à la loterie de draft, avec un système de boules pondérées :

PositionBoulesProbabilité
10e (dernier)6 boules28,6 %
9e5 boules23,8 %
8e4 boules19,0 %
7e3 boules14,3 %
6e2 boules9,5 %
5e1 boule4,8 %

Les trois premiers picks sont déterminés par tirage au sort parmi les 21 boules. Les picks 4 à 6 reviennent aux équipes restantes, classées en ordre inverse. Les picks 7 à 10 sont réservés aux équipes éliminées en playoffs, dans l'ordre inverse de leur performance en phase finale — le champion choisissant en dernier.

Le prospect le plus attendu de cette draft 2026 est le Nigérian Quadri Aruna, 35e mondial, qui pourrait devenir la première superstar internationale à intégrer la ligue américaine via ce système. Un joueur qui évolue d'ailleurs en Pro A française sous les couleurs de Pontoise-Cergy depuis cette saison.

Projection Pro B : la draft appliquée au championnat 2024/2025

Le classement qui aurait déterminé l'ordre de sélection

La saison 2024/2025 de Pro B s'est terminée avec le sacre du Bruille CTT, invaincu en phase régulière (11 victoires en 11 matchs), devant Caen TTC et Saint-Denis US 93 TT. Les six premières équipes ont accédé aux playoffs, les six dernières auraient participé à la loterie :

RangClubPtsVDStatut draft
1Bruille CTT44110Champion, promu en Pro A
2Caen TTC3992Playoffs, promu en Pro A
3Saint-Denis US 93 TT3883Playoffs, pick tardif
4Nice Cavigal TT3065Playoffs, pick tardif
5Lille Métropole TT2756Playoffs, pick tardif
6CP Fouras2656Playoffs, relégué en N1
7Le Havre ATT2556Loterie (1 boule)
84S Tours TT2456Loterie (2 boules)
9Fréjus AMSL2247Loterie (3 boules)
10Amiens STT2238Loterie (4 boules)
11PPC Villeneuve2047Loterie (5 boules), relégué en N1
12ASTT Miramas10110Loterie (6 boules), relégué en N1

Le casse-tête français : promotions, relégations et redistribution

C'est ici que le modèle américain se heurte à la réalité européenne. En MLTT, les franchises sont fixes — pas de montée ni de descente. En France, l'intersaison 2025 a vu cinq clubs quitter la Pro B : Bruille et Caen promus en Pro A, Miramas, Villeneuve et CP Fouras relégués en Nationale 1.

Pour adapter le système, nous proposons un principe de redistribution : les positions de draft des clubs sortants sont héritées par les nouveaux entrants, avec tirage au sort entre les promus de Nationale 1 pour l'attribution des positions.

Cinq clubs intègrent la Pro B 2025/2026 : C'Chartres TT (relégué de Pro A, 9e au classement 2024/2025), Pays Compiègnois TT, Courbevoie STT, Boulogne Billancourt AC et Nantes TT (promus de Nationale 1).

La loterie Pro B version française

PickClub 2025/2026Origine de la positionBoulesProbabilité
Loterie 1Nantes TT (promu N1)Hérite du 12e (Miramas)628,6 %
Loterie 2Boulogne Billancourt AC (promu N1)Hérite du 11e (Villeneuve)523,8 %
Loterie 3Amiens STT10e en 2024/2025419,0 %
Loterie 4Fréjus AMSL9e en 2024/2025314,3 %
Loterie 5Courbevoie STT (promu N1)Hérite du 8e (4S Tours)29,5 %
Loterie 6Pays Compiègnois (promu N1)Hérite du 7e (Le Havre)14,8 %
7Le Havre ATTResté en Pro B
84S Tours TTResté en Pro B
9C'Chartres TTDescendu de Pro A
10Nice Cavigal TT4e des playoffs
11Lille Métropole TT5e des playoffs
12St-Denis TT933e des playoffs

Simulation : qui aurait drafté qui ?

En imaginant que tous les joueurs actuels de Pro B constituent le pool de draft, voici les choix les plus probables selon les besoins de chaque équipe et le classement français :

Pick n°1 — Nantes TT (28,6 % de chances) : avec un effectif dominé par l'expérience de Panagiotis Gionis (FR #35), le club nantais ciblerait un joueur capable de porter l'équipe. Un profil comme Tomislav Pucar (Le Havre, FR #8, Mondial #32) transformerait l'effectif.

Pick n°2 — Boulogne Billancourt (23,8 %) : Niagol Stoyanov (FR #67) a besoin d'un partenaire de calibre supérieur. Robert Gardos (Amiens, FR #23, Mondial #187) apporterait l'expérience internationale qui manque au BBAC.

Pick n°3 — Amiens STT (19,0 %) : malgré Gardos, l'équipe picarde manque de profondeur. Enzo Angles (Compiègnois, FR #30) ou Vitor Seiji Ishiy (Chartres, FR #12, Mondial #54) seraient des renforts décisifs.

Pick n°4 — Fréjus AMSL (14,3 %) : Tae Hyun Kim (FR #52) est seul à un niveau élevé. Yaroslav Zhmudenko (Lille, FR #55) ou Mehdi Bouloussa (Courbevoie, FR #41, Mondial #122) seraient des cibles logiques.

Pick n°5 — Courbevoie STT (9,5 %) : Courbevoie, construit autour de Bouloussa, chercherait un deuxième atout. Adrien Mattenet (Compiègnois, FR #72) ou Bence Majoros (Chartres, FR #33) renforceraient le milieu de tableau.

Pick n°6 — Pays Compiègnois (4,8 %) : avec Angles, Mattenet et Abusev, l'effectif est déjà solide. Un joueur de complément comme Hunor Szocs (Nice, FR #79) ajouterait de la polyvalence.

Le paradoxe du draft à la française : dans le système actuel de transferts libres, c'est Chartres — descendu de Pro A — qui a recruté le meilleur joueur de Pro B avec Ishiy (FR #12). Avec un draft, ce sont les clubs les plus faibles qui auraient eu la priorité.

Projection Pro A : le draft au sommet de la pyramide

Le classement 2024/2025 comme base de la loterie

La saison 2024/2025 de Pro A a été dominée par l'Alliance Nîmes-Montpellier, emmenée par les frères Félix et Alexis Lebrun. Derrière, Hennebont, Angers et Pontoise-Cergy ont terminé à égalité de points (50), séparées au goal-average.

La réforme en cours de la Pro A n'a pas encore intégré de mécanisme de draft. L'exercice de projection reste néanmoins éclairant.

RangClubPtsVDStatut draft
1Alliance Nîmes-Montpellier52124Champion, pick tardif
2GV Hennebont50115Playoffs, pick tardif
3Les Loups d'Angers50115Playoffs, pick tardif
4AS Pontoise-Cergy50115Playoffs, pick tardif
5Thorigné-Fouillard TT46106Loterie (1 boule)
6Rouen SPO37610Loterie (2 boules)
7SS La Romagne31610Loterie (3 boules)
8Roanne LNTT25313Loterie (4 boules)
9Chartres ASTT20214Loterie (5 boules), relégué en Pro B
10Morez Haut-JuraDisqualifié

La loterie Pro A : redistribution aux promus

Avec la disqualification de Morez et la relégation de Chartres, deux places se libèrent pour les champions de Pro B : Bruille CTT et Caen TTC. Dans notre modèle, ils héritent des positions de draft les plus avantageuses :

PickClub 2025/2026OrigineBoulesProbabilité
Loterie 1Bruille CTT (promu)Hérite du 10e (Morez DQ)628,6 %
Loterie 2Caen TTC (promu)Hérite du 9e (Chartres)523,8 %
Loterie 3Roanne LNTT8e en 2024/2025419,0 %
Loterie 4SS La Romagne7e en 2024/2025314,3 %
Loterie 5Rouen SPO6e en 2024/202529,5 %
Loterie 6Thorigné-Fouillard5e en 2024/202514,8 %
7Pontoise-Cergy4e des playoffs
8Les Loups d'Angers3e des playoffs
9GV HennebontFinaliste
10Alliance Nîmes-MontpellierChampion

Simulation Pro A : les choix stratégiques

En Pro A, le pool de joueurs est d'un tout autre calibre. Les joueurs évoluent dans le top 250 mondial, et chaque pick peut changer la physionomie d'une saison.

Pick n°1 — Bruille CTT (28,6 %) : le champion de Pro B arrive en Pro A avec An Jaehyun (Mondial #19), Flavien Coton (Mondial #25) et Thibault Poret. L'effectif est déjà solide, mais un pick n°1 pourrait viser un joueur comme Simon Gauzy (Mondial #18), le capitaine de l'équipe de France qui évolue à Hennebont — un renfort de prestige pour asseoir sa crédibilité en Pro A.

Pick n°2 — Caen TTC (23,8 %) : Stéphane Ouaiche (invaincu en Pro B avec 100 % de victoires en phase 1), Emmanuel Lebesson et Lubomir Jancarik composent un effectif compétitif. Caen pourrait cibler Marcos Freitas (Pontoise, Mondial #52), meilleur scoreur de Pro A 2024/2025 avec 23 victoires.

Pick n°3 — Roanne LNTT (19,0 %) : avant-dernier en 2024/2025 (8e avec 3 victoires), Roanne a besoin d'un leader. João Geraldo (Angers, Mondial #71), deuxième meilleur scoreur de Pro A, renforcerait considérablement l'effectif.

Pick n°4 — La Romagne (14,3 %) : avec Wang Yang (FR #25) et Chen Tianyuan (FR #23), le club vendéen dispose d'un solide duo, renforcé par Xu Yingbin (FR #18) arrivé de Roanne. Noshad Alamiyan (Thorigné, Mondial #97), 4e meilleur scoreur de Pro A, compléterait l'effectif.

Le contraste avec la réalité est frappant : c'est Hennebont — 2e de Pro A et donc dernier à drafter — qui a recruté les joueurs les plus cotés pour 2025/2026, dont Chen Yuanyu (Mondial #21) et Qihao Zhou (Mondial #22). Avec un draft, ces joueurs auraient été sélectionnés par Roanne ou La Romagne.

Ce que le draft changerait pour le ping-pong français

L'équité sportive comme priorité

En Pro A française, les mêmes clubs dominent le haut du tableau depuis des années. La Pro B offre paradoxalement un modèle plus compétitif, mais reste soumise aux mêmes logiques de budget. Avec un draft, les clubs les plus faibles auraient accès en priorité aux meilleurs renforts — un rééquilibrage structurel qui rendrait chaque saison plus incertaine.

Un événement médiatique à part entière

Aux États-Unis, le draft de la NBA génère des audiences comparables aux finales. En MLTT, la loterie du 7 avril 2026 sera diffusée en direct. Un « Draft Day » du tennis de table français, en direct sur la chaîne L'Équipe, avec les présidents de clubs à la tribune et les analystes qui décryptent chaque choix, aurait un potentiel médiatique certain pour un sport qui cherche à élargir son audience.

Les limites du modèle à la française

Transposer le draft en France se heurte à plusieurs obstacles :

  • Le système de promotion/relégation — Les clubs changent de division chaque année, ce qui complique l'attribution des positions de draft. Notre exercice montre qu'il faut inventer un mécanisme de redistribution.
  • Les contrats libres — En MLTT, les joueurs « déclarent » pour le draft. En France, les joueurs sont sous contrat et négocient librement avec les clubs. Un draft impliquerait une refonte complète du modèle contractuel.
  • Le budget — Le draft fonctionne dans les ligues à « salary cap » (plafond salarial). Sans plafond, un club riche peut toujours attirer les meilleurs joueurs, draft ou pas.
  • La dimension européenne — Les clubs français participent aux compétitions européennes (Champions League, Coupe ETTU). Un système de draft purement national pourrait créer un désavantage compétitif face aux clubs allemands ou chinois qui recrutent librement.

Le modèle hybride : une piste pour la FFTT ?

Plutôt qu'un draft pur, la Fédération française pourrait s'inspirer du modèle MLTT pour créer un mécanisme de compensation : les clubs les moins bien classés bénéficieraient d'un avantage financier ou d'un accès prioritaire aux joueurs issus de la formation française. Une forme de « draft des espoirs » réservée aux jeunes joueurs de moins de 23 ans, qui inciterait les clubs à investir dans la formation tout en rééquilibrant la compétition.

Le calendrier WTT de plus en plus dense pourrait d'ailleurs accélérer cette réflexion : avec les meilleurs pongistes souvent absents pour cause de tournois internationaux, la formation locale devient un enjeu stratégique majeur.

Et demain ?

La MLTT ouvre un chemin que personne n'avait emprunté dans le tennis de table. Son draft pondéré du 7 avril 2026 sera observé de près par l'ensemble des ligues professionnelles mondiales — y compris la FFTT, engagée dans une profonde réforme de son élite.

Notre projection fictive montre une chose : appliqué à la France, le système MLTT aurait redistribué les cartes. Tomislav Pucar à Nantes plutôt qu'au Havre. Simon Gauzy à Bruille plutôt qu'à Hennebont. João Geraldo à Roanne plutôt qu'à Angers. Des scénarios qui auraient rendu la saison 2025/2026 bien plus imprévisible.

Reste une question ouverte : le tennis de table français est-il prêt à adapter son modèle pour gagner en compétitivité et en spectacle ? Les débats autour de la réforme Pro A suggèrent que le sujet est d'actualité. La MLTT, elle, a déjà choisi.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un draft dans le sport professionnel ?

Un draft est un processus de sélection où les équipes professionnelles choisissent à tour de rôle de nouveaux joueurs dans un pool de candidats. L'ordre de sélection est généralement inversé par rapport au classement : les équipes les plus faibles choisissent en premier, dans un objectif d'équilibre compétitif. Ce système est utilisé en NBA, NFL et désormais en MLTT pour le tennis de table.

Le draft existe-t-il déjà en tennis de table ?

Oui, la MLTT (Major League Table Tennis) est la seule ligue de tennis de table au monde à utiliser un système de draft. La première loterie pondérée a lieu le 7 avril 2026 pour sa saison 4. Les autres championnats nationaux, y compris la Pro A française, fonctionnent sur un modèle de transferts libres.

Le draft pourrait-il fonctionner avec le système de promotion/relégation français ?

C'est le principal obstacle. Le modèle MLTT repose sur des franchises fixes, sans montée ni descente. En France, les mouvements entre Pro A, Pro B et Nationale 1 compliquent l'attribution des positions de draft. Notre projection propose un mécanisme de redistribution : les positions des clubs sortants sont héritées par les entrants.

Quel serait l'impact d'un draft sur le niveau de la Pro A et de la Pro B ?

En théorie, un draft réduirait les écarts entre les clubs en donnant la priorité de recrutement aux plus faibles. Notre simulation montre que des joueurs comme Chen Yuanyu (Mondial #21), actuellement à Hennebont (2e du classement), auraient été sélectionnés par Roanne (8e). L'effet sur le niveau global dépendrait de l'adoption d'un plafond salarial, sans lequel les clubs riches conserveraient un avantage.

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